Depuis quinze ans, deux camps s’affrontent sur une question qui devrait être factuelle : Google attribue-t-il une note d’autorité à un site entier ? Les porte-parole répondent qu’il n’existe pas de « domain authority ». Les outils du marché en vendent un depuis dix ans. La documentation interne rendue publique en 2024 permet de trancher la partie factuelle — et la réponse est plus intéressante que « oui » ou « non ».
Oui, un champ s’appelle bien « autorité de site »
Le champ existe, il est nommé, et son commentaire tient en une ligne. CompressedQualitySignals.siteAuthority : « site_authority: converted from quality_nsr.SiteAuthority, applied in Qstar. » — converti depuis un autre signal, et appliqué dans un système nommé Qstar.
Deux voisins dans la même structure. authorityPromotion : « authority promotion: converted from QualityBoost.authority.boost » — promotion d’autorité, convertie depuis un autre protocole. Et unauthoritativeScore : « Unauthoritative score. Used as one of the web page quality qstar signals. » — score de non-autorité, utilisé comme l’un des signaux de qualité de page dans Qstar.
Trois remarques que le commentaire impose, et qu’on lit rarement.
Ce champ est une copie convertie, pas l’original. Le mot « converted from » dit que la valeur d’origine vit ailleurs, dans une structure nommée quality_nsr.SiteAuthority — qui, elle, n’est pas exposée dans les documents publiés. Ce qu’on peut lire est le résultat d’une compression, pas le calcul.
« Autorité » et « non-autorité » sont deux champs distincts, pas les deux extrémités d’un même curseur.
Le point d’application est nommé, le poids ne l’est pas. « applied in Qstar » dit où la valeur est consommée. Rien ne dit combien elle pèse.
Ce qui est vraiment stocké au niveau du site est un empilement
Voici où la lecture courante déraille. Les documents ne décrivent pas un score de site : ils décrivent une structure entière de signaux au niveau du site, et siteAuthority n’en est qu’une conversion.
Quelques champs de cette structure, avec leurs commentaires.
chardEncoded : « Site-level chard score: site quality predictor based on content. » — un prédicteur de qualité du site fondé sur le contenu. tofu porte exactement le même commentaire, pour un autre score.
siteQualityStddev : « Estimate of site’s PQ rating stddev–spread of the page-level PQ ratings of a site. » — l’écart-type des notes de qualité des pages du site. Autrement dit, la régularité d’un site est mesurée séparément de son niveau.
titlematchScore : « Titlematch score of the site, a signal that tells how well titles are matching user queries. » localityScore, chromeInTotal, impressions : d’autres agrégats, tous au niveau du site.
smallPersonalSite : « Score of small personal site promotion » — une promotion, pas une pénalité. Le champ est régulièrement présenté à l’envers.
Et au centre de la structure, un champ qui s’appelle simplement nsr — sans le moindre commentaire. Le signal apparemment le plus important de tout l’ensemble est celui sur lequel les documents sont muets.
L’unité mesurée n’est pas toujours votre domaine
C’est le détail qui change la question elle-même. Le champ siteChunk porte ce commentaire : « Primary NSR sitechunk. In most of the cases it’s same as HOST_LEVEL_V3 sitechunked canonical url of the document. In rare, but important cases it’s based on page markup. » — morceau de site principal ; dans la plupart des cas, l’URL canonique découpée au niveau de l’hôte ; dans des cas rares mais importants, un découpage fondé sur le balisage de la page.
L’unité de calcul est un « morceau de site ». Dans la plupart des cas, c’est le niveau de l’hôte — donc blog.exemple.fr et www.exemple.fr ne sont pas forcément le même morceau. Et dans des cas décrits comme rares mais importants, le découpage est fondé sur le balisage de la page, pas sur l’URL.
Parler de « l’autorité de mon domaine » suppose que le domaine est l’unité. Les documents disent que l’unité est un morceau de site, défini par une règle qui n’est pas toujours l’URL.
Un site sans données n’a pas zéro : il hérite d’une moyenne
Le champ le plus contre-intuitif du lot, et il tient en une phrase. nsrdataFromFallbackPatternKey : « If true indicates that we do not have NSR data computed for the chunk, and instead the data is coming from an average of other host chunks. » — si vrai, indique qu’aucune donnée n’est calculée pour ce morceau de site, et que la donnée provient d’une moyenne d’autres morceaux du même hôte.
Quand un morceau de site n’a pas de données calculées, la valeur utilisée est une moyenne d’autres morceaux du même hôte. Ce n’est ni zéro, ni une absence : c’est un emprunt.
Ce que ça établit : le système a prévu le cas du site sur lequel il n’a pas assez de matière, et il le remplit par défaut. Ce que ça n’établit pas : à partir de quand un morceau de site bascule d’un état à l’autre, ni ce que vaut la moyenne empruntée. Le commentaire ne donne aucun seuil.
Il existe un interrupteur d’urgence
Dernier champ, et il mérite d’être cité entier. nsrOverrideBid : « This signal is used to unconditionally override NSR as a bid in Q*. Should only be used in case of emergency (see go/nsr-override-bid). To have any effect, the value should be present and greater than 0.001. » — ce signal sert à écraser sans condition la valeur utilisée dans Q* ; à n’utiliser qu’en cas d’urgence ; pour avoir un effet, la valeur doit être présente et supérieure à 0,001.
Une valeur peut donc être écrasée sans condition, et le commentaire d’ingénieur qualifie lui-même l’usage d’urgence. C’est tout ce que le champ dit. Il ne dit ni qui décide, ni à quelle fréquence, ni sur quels sites — et en tirer l’idée d’une intervention manuelle courante irait bien au-delà du texte.
Cet article détaille un point de la page consacrée aux liens et à l’autorité après la fuite. Voir aussi pourquoi tous les liens ne se valent pas.
Ce qui est documenté, ce qui est déduit, ce qui reste inconnu
| Affirmation | Statut | Source |
|---|---|---|
Un champ siteAuthority existe, converti depuis quality_nsr.SiteAuthority et appliqué dans Qstar |
Documenté | Commentaire du champ |
authorityPromotion et unauthoritativeScore sont deux champs distincts |
Documenté | Commentaires des champs |
| Une structure de signaux au niveau du site existe, avec des scores de qualité fondés sur le contenu | Documenté | Commentaires de chardEncoded et tofu |
| L’écart-type des notes de qualité des pages d’un site est stocké | Documenté | Commentaire de siteQualityStddev |
smallPersonalSite est une promotion des petits sites personnels |
Documenté | Commentaire du champ |
Le champ nsr lui-même n’a aucun commentaire |
Mesuré | Relevé des commentaires du dépôt |
| L’unité de calcul est un « sitechunk », le plus souvent l’hôte, parfois défini par le balisage | Documenté | Commentaire de siteChunk |
| Un morceau de site sans données reçoit une moyenne d’autres morceaux du même hôte | Documenté | Commentaire de nsrdataFromFallbackPatternKey |
| Un mécanisme permet d’écraser la valeur sans condition, qualifié d’usage d’urgence | Documenté | Commentaire de nsrOverrideBid |
| « L’autorité de site est un score unique » | Faux | Les documents décrivent une structure de plusieurs signaux, dont siteAuthority est une conversion |
« Le score d’autorité de mon outil SEO reflète siteAuthority » |
Faux | Les scores des outils sont calculés par ces outils à partir de données publiques |
La formule de siteAuthority et sa valeur pour un site donné |
Non documenté | La structure d’origine n’est pas exposée |
| Le seuil à partir duquel un morceau de site a ses propres données | Non documenté | Le commentaire décrit le repli, jamais sa condition |
| Le poids de l’un quelconque de ces champs dans le classement | Non documenté | Aucune source publique ne le donne |
Limites de cet article. Le dépôt décrit l’état d’un système interne au premier trimestre 2024 et n’a pas été mis à jour depuis : rien ne garantit que ces champs soient encore renseignés aujourd’hui. La structure quality_nsr.SiteAuthority, d’où la valeur est convertie, ne figure pas dans les documents publiés : tout ce qui concerne son calcul est hors de portée.
Questions fréquentes
Google a-t-il menti en disant qu’il n’y a pas de « domain authority » ? Les déclarations publiques portent en général sur le fait qu’il n’existe pas de score d’autorité de domaine comparable à celui des outils du marché. Les documents montrent un champ nommé autorité de site, converti d’ailleurs et appliqué quelque part. Les deux énoncés peuvent coexister ; les départager relève de l’interprétation, pas des sources.
Faut-il travailler l’autorité de son site ? Ces champs ne décrivent aucun levier. Ce qu’ils indiquent, c’est que plusieurs agrégats au niveau du site existent — sur le contenu, sur la régularité des pages, sur la correspondance des titres. La seule lecture prudente est que le niveau du site est mesuré, sans savoir comment.
Mon sous-domaine est-il traité à part ?
Le commentaire de siteChunk dit que l’unité est le plus souvent au niveau de l’hôte, ce qui va dans ce sens. Il ajoute que le découpage peut, dans des cas rares, se fonder sur le balisage. Aucune règle exploitable n’en sort.
Un site neuf part-il de zéro ?
Non, d’après le commentaire de nsrdataFromFallbackPatternKey : en l’absence de données calculées, la valeur vient d’une moyenne d’autres morceaux du même hôte. Ce que ça vaut pour un domaine entièrement nouveau, sans aucun historique, n’est pas documenté.
Sources
- Miroir public du client Elixir ContentWarehouse, instantané du 27 mars 2024 — sur github.com



