Tous les deux ans, quelqu’un annonce la mort des backlinks, et tous les deux ans le débat repart sans que personne ne produise de pièce. La documentation interne de Google rendue publique en 2024 en fournit quelques-unes : des noms de champs, et surtout des commentaires d’ingénieurs qui en disent beaucoup plus que les noms. Cet article expose ce que ces champs établissent sur l’autorité d’un site, sur les textes d’ancre et sur la confiance accordée à la page qui fait le lien — et s’arrête exactement là où les documents s’arrêtent.
L’autorité de site existe comme champ, et son point d’application est nommé
Le champ le plus commenté de la profession s’appelle siteAuthority. Il se trouve dans une structure nommée CompressedQualitySignals, et son commentaire tient en une ligne : « site_authority: converted from quality_nsr.SiteAuthority, applied in Qstar. » — converti depuis un autre signal, et appliqué dans un système nommé Qstar.
Deux voisins immédiats complètent le tableau. authorityPromotion : « authority promotion: converted from QualityBoost.authority.boost ». Et unauthoritativeScore : « Unauthoritative score. Used as one of the web page quality qstar signals. » — score de non-autorité, utilisé comme l’un des signaux de qualité de page dans Qstar.
Ce que ça établit, précisément. Une notion d’autorité au niveau du site existe dans les structures de données de Google, elle est dérivée d’un autre signal, et le système qui la consomme est nommé. Ce que ça n’établit pas : sa formule, sa valeur pour un site donné, et son poids dans le classement. Et les scores d’autorité affichés par les outils du marché sont calculés par ces outils, à partir de données publiques — ils n’ont aucun rapport avec ce champ.
Le détail qui change la lecture : ce sont des flottants compressés sur 10 bits
Le commentaire le plus utile de toute la structure n’est pas sur siteAuthority, mais sur son voisin exactMatchDomainDemotion. Il décrit le fonctionnement de la structure entière :
« Page quality signals converted from fields in proto QualityBoost […]. To save indexing space, we convert the float values in [0, 1] to integers in range [0, 1023] (use 10 bits). » — signaux de qualité de page convertis depuis des champs d’un autre protocole ; pour économiser de l’espace d’indexation, les valeurs décimales comprises entre 0 et 1 sont converties en entiers de 0 à 1023, sur 10 bits.
Trois conséquences, et elles sont rarement tirées.
Ces signaux sont des valeurs continues, pas des interrupteurs. Un site n’a pas « l’autorité » ou ne l’a pas : il a une valeur quelque part entre 0 et 1023. Le vocabulaire de la profession — « avoir de l’autorité », « être pénalisé » — décrit mal un curseur.
La granularité est finie. 1 024 paliers, ce qui veut dire que deux sites très proches tombent dans le même palier.
Ce sont des signaux compressés pour tenir en mémoire. Ce détail dit quelque chose du système : ces valeurs sont conservées pour un très grand nombre de documents, et l’espace compte assez pour justifier une conversion.
Les ancres : un champ de démotion nommé
Dans la même structure, anchorMismatchDemotion : « anchor_mismatch_demotion: converted from QualityBoost.mismatched.boost. » — une démotion liée à un décalage d’ancre, convertie depuis le même protocole, et donc logée sur les mêmes 10 bits.
Le nom dit le principe : quelque chose se déclenche quand le texte du lien ne correspond pas à la page visée. Le commentaire ne dit ni ce que « mismatch » recouvre exactement, ni à partir de quel écart.
Ce que Google écrit publiquement sur le sujet est plus directement utilisable, et va dans le même sens : « Good anchor text is descriptive, reasonably concise, and relevant to the page that it’s on and to the page it links to. » — un bon texte d’ancre est descriptif, raisonnablement concis, et pertinent pour la page où il se trouve comme pour celle vers laquelle il pointe. La mise en pratique est traitée dans la méthode de maillage interne en cinq étapes.
La page qui fait le lien est classée sur quatre niveaux
Voici le champ le plus intéressant du lot, et le moins commenté. Il ne porte pas sur votre page, mais sur celle qui vous lie.
Le champ homePageInfo, dans la structure AnchorsAnchorSource : « Information about if the source page is a home page. It can be one of the enum values defined in PerDocData::HomePageInfo (NOT_HOMEPAGE, NOT_TRUSTED, PARTIALLY_TRUSTED, and FULLY_TRUSTED). » — information indiquant si la page source est une page d’accueil ; l’une des valeurs possibles parmi : pas une page d’accueil, non fiable, partiellement fiable, totalement fiable.
Deux choses en sortent. Le système distingue explicitement les liens venus d’une page d’accueil des autres. Et il ne s’arrête pas là : une page d’accueil se voit attribuer un niveau de confiance sur trois valeurs. Un lien depuis une page d’accueil « non fiable » et un lien depuis une page d’accueil « totalement fiable » ne sont pas la même chose dans la structure de données.
Le commentaire ne dit pas comment ces niveaux sont attribués, ni ce qu’ils changent. Mais l’existence même de l’énumération répond à une question ancienne : dans ces structures, tous les liens ne sont pas équivalents, et la différence est stockée.
Chacun de ces points a sa page. L’autorité de domaine et le champ siteAuthority, la valeur inégale des liens selon la page qui les fait, les ancres et leur sur-optimisation, l’âge du domaine et les domaines expirés, le poids de la page d’accueil sur le reste du site.
Ce chapitre appartient au dossier sur ce que la fuite Google change pour votre SEO ; le chapitre suivant porte sur la page et ce qui s’y trouve.
Ce qui est documenté, ce qui est déduit, ce qui reste inconnu
| Affirmation | Statut | Source |
|---|---|---|
Un champ siteAuthority existe, converti d’un autre signal et appliqué dans Qstar |
Documenté | Commentaire du champ, dépôt de mars 2024 |
Un champ authorityPromotion et un champ unauthoritativeScore existent |
Documenté | Commentaires des champs |
| Ces signaux sont des décimales de 0 à 1 converties en entiers de 0 à 1023, sur 10 bits | Documenté | Commentaire de exactMatchDomainDemotion |
Un champ anchorMismatchDemotion existe |
Documenté | Commentaire du champ |
| La page source d’un lien est classée sur quatre valeurs, dont trois niveaux de confiance | Documenté | Commentaire du champ homePageInfo |
| Un bon texte d’ancre est descriptif, concis et pertinent | Documenté | Google Search Central, Link best practices, maj 10/12/2025 |
| Ces signaux sont des valeurs continues et non des états binaires | Déduit | Conséquence directe de la conversion sur 10 bits |
« L’autorité de domaine de mon outil SEO reflète siteAuthority » |
Faux | Les scores des outils sont calculés par ces outils, à partir de données publiques |
La formule de siteAuthority, et sa valeur pour un site donné |
Non documenté | Le commentaire donne l’origine et le point d’application, rien d’autre |
| Ce que « mismatch » recouvre exactement pour une ancre | Non documenté | Le champ est nommé, jamais défini |
| Comment les niveaux de confiance d’une page d’accueil sont attribués | Non documenté | L’énumération est donnée, pas son calcul |
| Le poids de l’un quelconque de ces champs dans le classement | Non documenté | Aucune source publique ne le donne |
Limites de cet article. Le dépôt décrit l’état d’un système interne au premier trimestre 2024 et n’a pas été mis à jour depuis : rien ne garantit que ces champs soient encore renseignés aujourd’hui. Un nom de champ et son commentaire établissent une existence et parfois un point d’application, jamais un effet mesurable sur un site donné.
Questions fréquentes
Faut-il continuer à faire du netlinking ? Ces documents ne répondent pas à cette question — ils décrivent des structures de données, pas une stratégie. Ce qu’ils établissent, c’est que la notion d’autorité et la qualité de la source d’un lien sont stockées, ce qui rend peu crédible l’idée que les liens ne compteraient plus du tout.
Un lien depuis une page d’accueil vaut-il plus ? La structure distingue explicitement les pages d’accueil et leur attribue un niveau de confiance. Elle ne dit pas que ça vaut « plus ». La distinction existe ; son effet n’est chiffré nulle part.
Que vaut le score d’autorité affiché par mon outil ?
Il vaut ce que vaut la méthode de l’éditeur qui le calcule, et il est utile pour comparer deux sites entre eux dans cet outil. Il n’est pas une lecture de siteAuthority, et personne à l’extérieur de Google n’a accès à cette valeur.
Pourquoi 1 023 et pas 1 000 ? Parce que 10 bits permettent de représenter exactement 1 024 valeurs, de 0 à 1023. C’est une contrainte de format de stockage, pas un choix d’échelle éditorial.
Sources
- Miroir public du client Elixir ContentWarehouse, instantané du 27 mars 2024 — sur github.com
- Google Search Central, Link best practices for Google, mise à jour du 10 décembre 2025 — sur developers.google.com



