Google emploie des évaluateurs externes — les quality raters, des personnes payées pour noter des résultats de recherche — et publie en clair le manuel qu’ils appliquent. Ce que ce manuel documente : deux notes distinctes, la place centrale de la fiabilité, et le fait qu’aucune note individuelle ne déplace une page dans les résultats. Ce que Google écrit ailleurs, dans sa documentation aux créateurs de sites : ces notes ne sont pas utilisées directement dans ses algorithmes de classement. Ce qui relève de la déduction : la façon d’utiliser cette grille pour relire ses propres pages. Ce qui reste inconnu : les signaux — les indices automatiques que Google mesure sur une page — par lesquels il approche cette cible.
Ce qu’est vraiment la documentation des quality raters
Le document s’appelle Search Quality Rater Guidelines. C’est un PDF public de 182 pages dont la dernière version porte la date du 11 septembre 2025 — une mise à jour que Google a qualifiée de mineure, portant sur les définitions et sur de nouveaux exemples.
Sa fonction est celle d’un manuel de formation. Google confirme sur sa page « How Search Works » qu’il travaille avec des évaluateurs externes pour mesurer en continu la qualité des résultats. Chacun reçoit une requête et une page, et rend deux notes : une sur la page, une sur son adéquation à la requête.
Pourquoi les notes des évaluateurs ne changent pas directement un classement
C’est le contresens le plus répandu sur ce document, et Google écrit le contraire, deux fois. Dès l’introduction du manuel : « No single rating can directly impact how a particular webpage, website, or result appears in Google Search, nor can it cause specific webpages, websites, or results to move up or down on the search results page. » (« aucune note individuelle ne peut modifier directement la façon dont une page, un site ou un résultat apparaît dans Google Search, ni faire monter ou descendre une page dans la page de résultats »).
Et dans sa documentation aux créateurs de contenu, Google donne l’analogie la plus claire du sujet : « Rater data is not used directly in our ranking algorithms. Rather, we use them as a restaurant might get feedback cards from diners. » (« les données des évaluateurs ne sont pas utilisées directement dans nos algorithmes de classement ; nous nous en servons comme un restaurant se sert des fiches d’avis de ses clients »).
Ces notes mesurent donc si un changement d’algorithme — la suite de règles automatiques qui trie les résultats — améliore ou dégrade ce que voient les internautes. Le manuel décrit la cible visée, pas les signaux qui servent à l’atteindre. Même piège de lecture que le dwell time, pris pour un critère alors qu’il n’en est pas un.
Première échelle : la qualité de page, du plus bas au plus haut
La première note, la Page Quality — abrégée PQ dans le manuel —, mesure à quel point la page réussit ce qu’elle cherche à faire. Cinq noms de paliers : Lowest, Low, Medium, High, Highest, du plus bas au plus haut. Avec, en pratique, des positions intermédiaires : « You may also use the in-between ratings of Lowest+, Low+, Medium+, and High+. » (« vous pouvez aussi employer les notes intermédiaires Lowest+, Low+, Medium+ et High+ »).
L’évaluateur ne l’attribue pas d’un seul coup, le manuel lui impose un ordre : « Assess the true purpose of the page. […] Assess the potential of the page to cause harm […] Otherwise, the PQ rating is based on how well the page achieves its purpose » (« établir le véritable but de la page ; évaluer son potentiel de nuisance ; sinon, la note dépend de la façon dont la page atteint ce but »).
Le troisième temps combine trois éléments : le contenu principal — la partie de la page qui sert son but, appelée Main Content et abrégée MC dans le manuel —, la réputation du site, et l’E-E-A-T.
Le but de la page, première question posée à l’évaluateur
La définition est volontairement simple : « The purpose of a page is the reason or reasons why the page was created » (« le but d’une page est la raison, ou les raisons, pour lesquelles elle a été créée »).
Et la question est éliminatoire. Une page qui n’existe que pour son propriétaire tombe immédiatement au plus bas : « The Lowest rating is required if the page is created to benefit the owner of the website (e.g. to make money) with very little or no attempt to benefit website visitors or otherwise serve a beneficial purpose » (« la note la plus basse est requise si la page est créée pour bénéficier au propriétaire du site, par exemple pour gagner de l’argent, avec très peu ou aucune tentative de bénéficier aux visiteurs ou de servir un but utile »). Rien sur les mots-clés, rien sur la longueur : d’abord l’intention.
YMYL : quand une page peut faire du mal
Le deuxième temps introduit le sigle le plus mal employé du SEO : YMYL, pour Your Money or Your Life — « votre argent ou votre vie ». Le manuel le définit par le risque, et son périmètre est large : « YMYL topics can directly and significantly impact people’s health, financial stability or safety, or the welfare or well-being of society » (« les sujets YMYL peuvent affecter directement et significativement la santé, la stabilité financière ou la sécurité des personnes, ou le bien-être de la société »).
Ce qui déclenche le YMYL n’est donc pas un secteur d’activité, mais un potentiel de préjudice. Vendre des chaussures en ligne n’expose personne ; expliquer une posologie, un placement ou une consigne de sécurité, oui — et les exigences de qualité montent alors d’un cran.
E-E-A-T : quatre lettres, une seule qui commande
E-E-A-T résume quatre qualités attendues d’un contenu : Experience (l’expérience vécue), Expertise (la compétence), Authoritativeness (l’autorité reconnue) et Trust (la fiabilité). La profession les traite souvent à égalité. Le manuel, non : « Trust is the most important member of the E-E-A-T family because untrustworthy pages have low E-E-A-T no matter how Experienced, Expert, or Authoritative they may seem. » (« la fiabilité est le membre le plus important de la famille E-E-A-T, parce qu’une page non fiable a un E-E-A-T faible, aussi expérimentée, experte ou faisant autorité qu’elle puisse paraître »).
La conséquence est nette : « If the E-E-A-T of a page is low enough, people cannot or should not use the MC of the page. » (« si l’E-E-A-T d’une page est suffisamment faible, les gens ne peuvent pas ou ne devraient pas utiliser son contenu principal »).
Reste le dernier contresens : ce n’est pas un critère de classement. « While E-E-A-T itself isn’t a specific ranking factor, using a mix of factors that can identify content with good E-E-A-T is useful. » (« l’E-E-A-T n’est pas en soi un facteur de classement spécifique, mais un ensemble de facteurs capables d’identifier un contenu à bon E-E-A-T est utile »).
Un point, celui-ci directement actionnable : la réputation ne se déclare pas. « Instead, look for independent reviews, references, recommendations by experts, news articles, and other sources of credible information about the website » (« cherchez plutôt des avis indépendants, des références, des recommandations d’experts, des articles de presse et d’autres sources crédibles sur le site »). Le manuel demande donc de chercher la réputation ailleurs que sur le site lui-même.
Deuxième échelle : la satisfaction du besoin
La seconde note, la Needs Met, juge l’adéquation entre le résultat et la requête. Cinq paliers là aussi : Fully Meets, Highly Meets, Moderately Meets, Slightly Meets, Fails to Meet — de « répond entièrement » à « ne répond pas ».
Les deux notes sont distinctes, et le manuel consacre à leur relation une section entière, intitulée The Relationship between Page Quality and Needs Met. Ce que la structure de la grille implique, sans que le manuel le formule sous cette forme : une bonne note sur un axe ne rachète pas l’autre. Une page irréprochable mais hors sujet ne répond pas à la requête posée, et une page parfaitement alignée sur la requête reste jugée sur sa qualité.
Ce qui fait tomber une page au plus bas niveau
Le manuel consacre une section aux pages qui déclenchent la note la plus basse. Elle liste sept cas, dont trois abus nommément définis : Expired Domain Abuse (le rachat d’un domaine expiré pour récupérer son historique), Site Reputation Abuse (l’hébergement de contenu tiers pour exploiter l’autorité d’un domaine, ce que la profession appelle le parasitage) et Scaled Content Abuse (la production de contenu en masse).
Le titre d’un autre de ces sept cas résume le critère réel, et il ne parle pas d’outil : « MC Created with Little to No Effort, Little to No Originality, and Little to No Added Value for Website Visitors » (« contenu principal créé avec peu ou pas d’effort, d’originalité et de valeur ajoutée pour les visiteurs »). Même logique que la Helpful Content Update, cette mise à jour de 2022 qui visait le contenu écrit pour les moteurs plutôt que pour les lecteurs, et désormais fondue dans le système de classement principal.
Ce que le document dit du contenu généré par IA
Le manuel reconnaît l’outil sans le condamner : « Generative AI can be a helpful tool for content creation, but like any tool, it can also be misused. » (« l’IA générative peut être un outil utile à la création de contenu, mais comme tout outil, elle peut aussi être mal employée »).
Ce qu’il sanctionne, c’est l’absence de travail humain, avec un exemple mécanique : « the automatic creation of thousands of pages by running existing freely available content through existing translation software without any oversight, manual curation, etc., would not be considered to have effort » (« créer automatiquement des milliers de pages en passant du contenu librement accessible dans un logiciel de traduction, sans supervision ni curation — sans relecture ni tri humain —, ne serait pas considéré comme un effort »).
La grille ne mesure donc pas l’outil, mais l’effort, l’originalité et la valeur ajoutée. Attention toutefois à ne pas en tirer un verdict trop net, parce que la grille des évaluateurs n’est pas le classement. Un relevé publié par Ahrefs le 27 juillet 2026, sur un million de pages issues du top 10 de 100 000 pages de résultats de juin 2026 — dont 150 000 exploitables par son détecteur —, trouve que « 5.3 % of top-ranking pages returned an AI content level of 100 % » (« 5,3 % des pages bien classées ressortent à 100 % de contenu IA ») et que « fully AI-generated pages are a small minority, but they certainly exist in this sample » (« les pages entièrement générées par IA sont une petite minorité, mais elles existent bel et bien dans cet échantillon »). Un texte produit avec un modèle de langage puis vérifié et complété part donc avec un avantage net sur la grille — mais publier tel quel réduit ses chances sans les annuler.
Ce qui est documenté, ce qui est déduit
| Affirmation | Statut | Source |
|---|---|---|
| Aucune note individuelle ne modifie directement la position d’une page | Documenté | Manuel des évaluateurs, § 0.1, phrase entière |
| Les données des évaluateurs ne sont pas utilisées directement dans les algorithmes de classement | Documenté | Google Search Central, la documentation officielle aux créateurs de sites |
| « L’E-E-A-T est un facteur de classement » | Faux | Google Search Central : « While E-E-A-T itself isn’t a specific ranking factor… » (« l’E-E-A-T n’est pas en soi un facteur de classement spécifique ») |
| La fiabilité est le membre le plus important d’E-E-A-T | Documenté | Manuel des évaluateurs, chapitre consacré à l’E-E-A-T |
| Une page créée pour son seul propriétaire reçoit la note la plus basse | Documenté | Manuel des évaluateurs, § 4.0 |
| La section des pages de plus basse qualité liste sept cas, dont trois abus nommés | Documenté | Manuel des évaluateurs, § 4.6.1 à 4.6.7 |
| L’échelle de qualité compte cinq noms, plus quatre positions intermédiaires | Documenté | Manuel des évaluateurs : « the in-between ratings of Lowest+, Low+, Medium+, and High+ » (« les notes intermédiaires Lowest+, Low+, Medium+ et High+ ») |
| La réputation se cherche dans des sources indépendantes du site | Documenté | Manuel des évaluateurs, § 3.3.1 |
| Le manuel traite la relation entre les deux notes dans une section dédiée | Documenté | Manuel des évaluateurs, section The Relationship between Page Quality and Needs Met |
| Une bonne note sur un axe ne rachète pas l’autre | Déduit | Lecture de la structure de la grille ; le manuel ne le formule pas sous cette forme |
| « Une biographie d’auteur est nécessaire pour être bien classé » | Faux | Google Search Central : « Do pages carry a byline, where one might be expected? » (« les pages portent-elles une signature, là où l’on peut en attendre une ? ») |
| Des pages détectées comme entièrement écrites par IA figurent parmi les premiers résultats | Observé, non documenté par Google | Relevé Ahrefs du 27 juillet 2026 : un million de pages du top 10, 150 000 analysées |
Questions fréquentes
Où lire le document ? Le PDF est public et gratuit, hébergé sur le domaine guidelines.raterhub.com. Il est en anglais, et Google n’en publie pas de traduction française officielle.
Faut-il écrire pour les évaluateurs ? Google présente le manuel comme un outil d’auto-évaluation, et va plus loin : « Reading the guidelines may help you self-assess how your content is doing from an E-E-A-T perspective, improvements to consider, and help align it conceptually with the different signals that our automated systems use to rank content. » (« lire ces règles peut vous aider à évaluer vous-même où en est votre contenu sur le plan de l’E-E-A-T, à repérer des améliorations, et à l’aligner conceptuellement avec les différents signaux que nos systèmes automatisés emploient pour classer les contenus »). L’invitation porte sur l’alignement des principes, pas sur des cases à cocher.
Qu’appelle-t-on le contenu principal d’une page ? Le manuel en donne une définition large : « Main Content is any part of the page that directly helps the page achieve its purpose. MC can be text, images, videos, page features (e.g., calculators, games), and it can be content created by website users » (« le contenu principal est toute partie de la page qui l’aide directement à atteindre son but : texte, images, vidéos, fonctionnalités comme un calculateur ou un jeu, et il peut être créé par les utilisateurs du site »).
Le manuel révèle-t-il le fonctionnement de l’algorithme ? Non. Il décrit ce que Google considère comme un bon résultat, et sert à vérifier que ses systèmes s’en approchent. L’écart entre cette cible et les signaux réellement employés n’est pas documenté.
Bibliographie
- static.googleusercontent.com — Google, Search Quality Rater Guidelines, version du 11 septembre 2025 (PDF, anglais).
- developers.google.com — Google Search Central, Creating helpful, reliable, people-first content.
- google.com — Google, Search engine testing and evaluation, page « How Search Works ».
- searchengineland.com — Search Engine Land, mise à jour du manuel du 11 septembre 2025.
- ahrefs.com — Ahrefs, relevé du 27 juillet 2026 sur la présence de contenu généré par IA dans les premiers résultats.


